vin Wino wine – le blog vin de Marie Joanna Roginska


Bordeaux primeurs 2013 – Episode 1 – la météo…
échantillons primeurs 2013 prêts à être déguster...

échantillons primeurs 2013 prêts à être déguster…

tous le monde très concentré

Dégustation UGCB à Cos Labory, tous très concentré…

Les années passent, mais ils ne se ressemblent pas, quoi que…

C’est avec l’UGCB (Union des Grands Crus de Bordeaux*) que je participe aux dégustations primeurs à Bordeaux et ce depuis quelques belles années déjà. C’est toujours le même rituel, l’adrénaline qui monte avant de découvrir ce nouveau né qui est bien évidemment très différent chaque année et disons-le : heureusement ! Sinon ça serait trop banal…

2013 millésime tardif

2013 millésime tardif

Il y a des années où la nature est généreuse, tout se passe facilement, sans aucun incident (c’est quand même plutôt rare), mais il y a aussi des années comme 2013 où la nature se montrait très capricieuse, où il fallait toujours être là, au bon moment et savoir anticiper pour prendre les décisions, les bonnes, concernant tous les travaux à la vigne et au chai.

La décennie 2000-2010 a vraiment gratifié Bordeaux d’une collection de quelques grands millésimes, tandis que le début de la décennie suivante avec les 2011, 2012 et enfin 2013 laisse beaucoup à désirer…

Comme à l’accoutumée, j’assiste chaque année à la conférence sur le millésime en question en présence du Pr. Denis Dubordieu qui décortique les aléas climatiques avec son humeur bien à lui, sans perdre la notion du réel.

Pr. Denis Dubourdieu rappel les fondamentaux du millésime 2013

Pr. Denis Dubourdieu rappel les fondamentaux du millésime 2013

Avant de décortiquer en détails chaque étape du cycle de la vigne, il nous rappelle les 5 conditions nécessaires pour faire un Grand Millésime de vin rouge à Bordeaux, soit :

1) Une floraison précoce et rapide, propice à une bonne fécondation, assurant des rendements satisfaisants et laissant espérer une maturité homogène.

2) Un début de contrainte hydrique à la nouaison limitant le grossissement des jeunes baies et déterminant leur richesse tannique future.

3) L’arrêt franc de la croissance de la vigne avant la véraison, imposé par une forte contrainte hydrique.

4) Une maturation complète des raisins assurée par un fonctionnement optimal du feuillage jusqu’aux vendanges, sans reprise notable de la croissance végétative.

5) Un temps clément pendant les vendanges permettant d’attendre, sans crainte de dilution ou de pourriture, la maturité des parcelles et des cépages tardifs.

Pour le millésime 2013, en ce qui concerne les vins rouges, aucune de ces 5 conditions n’a été pleinement satisfaite!

Avec son printemps humide provoquant une floraison tardive et une coulure généralisée ainsi que le millerandage exceptionnellement important sur les Merlots, il laissait présager des rendements très faibles. Avec les orages violents et parfois destructeurs de fin juillet / début août empêchant l’arrêt de la croissance de la vigne avant la véraison, son climat humide et doux de septembre et octobre éminemment propice à pourriture grise avant et pendant les vendanges, 2013 achoppe au final sur ces cinq facteurs d’un grand millésime de rouge.

Néanmoins, sous un tel climat, on pouvait produire sur certains terroirs des petites quantités (dues au rendement extrêmement faible et un tri draconien) de vins rouges très plaisants, d’une belle et même de très belle qualité dans certains cas. A nouveau, les grands terroirs ont parlé, sans nier le bon sens, l’intelligence et l’expertise de son vinificateur.

Le constat à la dégustation était net avec quelques excellentes surprises…

Comme les exigences climatiques de la vigne blanche pour faire des raisins de qualité diffèrent de celles de la vigne rouge, 2013, avec ses beaux mois de juillet et août, sans sécheresse excessive, remplit les conditions d’un bon, et dans certains cas très bon, millésime de blanc sec.

2013 est aussi un bon, pour ne pas dire très bon, millésime de grands vins de pourriture noble (botrytis cinerea) car son automne doux et humide fut très favorable à un développement précoce et généralisé de botrytis cinerea.

Michel Rolland

Michel Rolland

Voici quelques propos des œnologues, consultants, ceux qui sont au cœur des vignes, au cœur des chais, bref de ceux qui font du vin avec la matière que la nature leurs donne…

Michel Rolland, œnologue, consultant de 250 propriétés dans le monde :

« Dans l’esprit des gens : quand on a une mauvaise climatologie, ça fait un mauvais millésime, mais on est en train de faire la preuve que non. C’est un millésime pour lequel la nature ne nous a absolument pas aidé et pour lequel on a trouvé des réponses, des réponses viticoles par des effeuillages, les éclaircissages, par le tri (…) Le piège de cette année, c’était absence de maturité car on était sur un process tardif, (…). Le piège, c’était qu’il ne fallait pas trop extraire, il fallait être assez gentil pour faire des vins de plaisir où l’on trouve des fruits… 2013 c’est un millésime hétérogène, certes, mail il y a des très bonnes choses dans ce millésime »

 

Millésime 2013 vu par Stéphane Derenoncourt, consultant (Derenoncourt Consultants)

 

Millésime 2013 vu par Stéphane Toutoundji, œnologue (Laboratoire OenoTeam)

Quelques mots « rationnels » de Dany Rolland (Rolland Collection) sur 2013 un millésime qui ne pas « rationnel » du tout…

Dany Rolland présente Rolland Collection 2013 à Bon Pasteur

Dany Rolland présente Rolland Collection 2013 à Bon Pasteur

« Que dire de rationnel sur ce millésime 2013, si ce n’est parler de la formidable volonté et ténacité des viticulteurs à lutter contre une climatologie hostile et une nature qui peut être parfois, si peu généreuse, rappelant les relations homme/terre comme des « Vieux Amants ».

Les évolutions de la viticulture et de l’oenologie ont permis d’appréhender, d’interpréter, de maîtriser bien des tourments de la climatologie avec une meilleure connaissance des sols, du végétal, avec des méthodes de conduite du vignoble et de contrôle de charge adaptées, une sélection qui peut être draconienne , des vinifications à la parcelle, au pied, à la carte, le jour j…

Il y auras plus que jamais, une hétérogénéité de styles et de résultats entre les régions, les appellations, et même dans chaque cru, conséquences des caprices de la nature en terme de pluie, vent, fragilité des cépages, âge des ceps, nature des sols…

2013 sera à boire jeune, sur le fruit et la fraîcheur, il devrait être un vin de plaisir, sans tanins puissants, juste enveloppés, sans verdeur… »

 

À-propos :

Olivier Bernard, Président d'UGCB

Olivier Bernard, Président d’UGCB

*Union des Grands Crus de Bordeaux présidé par Olivier Bernard (Domaine de Chevalier)

Association crée en 1973 qui regroupe aujourd’hui 133 Grand Crus provenant des appellations les plus nobles de la Gironde : Médoc, Haut-Médoc, Saint-Estèphe, Pauillac, Saint-Julien, Margaux, Moulis, Listrac, Graves, Pessac-Léognan, Sauternes, Barsac, Saint-Emilion et Pomerol, ayant en commun une même exigence qualitative.

des "kilomètres" des flacons 2013 à déguster

des « kilomètres » des flacons 2013 à déguster…

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Bordeaux primeurs 2011 – Episode 1 Grand Zoom sur la météo… par Denis Dubourdieu

Prof. Denis Dubourdieu dans le chai de La Lagune

Sylvie Cazes, Présidente de l’UGCB

Comme à l’accoutumée, chaque année pendant la semaine de primeurs organisée par l’UGCB (Union des Grands Crus de Bordeaux présidée par Sylvie Cazes), le Prof. Denis Dubourdieu présente et décortique  le millésime en question. Cette année c’est 2011 qui est passé au crible. Ca conférence a eu lieu dans le chai du Château La LaguneDenis Dubourdieu avec son aura et son aisance sans paire, présente la climatologie étrange du 2011 avec toutes ses conséquences imprévisibles. En deux mots, c’est un millésime sans printemps, directement de l’hiver à l’été pour une éclosion des bourgeons fin mars et une floraison exceptionnellement précoce mi-mai.

Mais il faut quand-même nuancer tous ces propos.

Les conditions qui font la qualité d’un bon millésime de rouges à Bordeaux c’est tout d’abord une floraison précoce et rapide, avec un début d’une contrainte hydrique à la nouaison avant la véraison. Avec ralentissement de la croissance grâce à un climat chaud et sec. Ces deux conditions étaient pleinement satisfaites à la mi-juin 2011.

Sur les sols de graves à faible réserve hydrique, la sècheresse était persistante, en revanche à ce stade pas vraiment préoccupante. Mais l’exceptionnelle précocité du cycle végétatif suscitait une réelle inquiétude. Fin juin avec les températures très élevées, certaines grappes furent complètement brulées. Le cabernet-sauvignon sur les sols les plus secs subit les pertes importantes allant même jusqu’à 20% des baies. Le merlot, plus sensible à la sècheresse que les cabernets fût curieusement moins abimé, surement grâce à son feuillage plus important, plus large permettant une protection plus importante contre les brûlures du soleil. Le mois de juillet se présentait avec des températures plus basses que la moyenne. Le manque de soleil avec le déficit de la durée d’ensoleillement  se fit fortement ressentir. La pluviométrie fût plus importante à Pessac, dans les Graves et dans le Sauternais que dans le Médoc ou à Saint Emilion.

En conclusion une véraison précoce vers la mi-juillet en situation de forte contrainte hydrique. Sur tous les bons terroirs la croissance de la vigne était arrêtée sous l’effet d’une forte contrainte hydrique. Elle était quelques fois excessive, comme par exemple pour les merlots, ceux sur les sols de graves et de sables, sols les plus secs. La floraison et la demi-véraison étaient beaucoup moins groupées. En revanche, la véraison de grappes brulés fin juin se passait très mal, il fallait totalement éliminer ces «grappes arlequin » pour préserver la qualité du millésime. On constatait une maturation de cépages rouges lente et irrégulière avec un mois d’août automnal et un mois de septembre particulièrement chaud et sec. Sans oublier ce violent orage de grêle du 1er septembre qui ravagea une partie de Saint-Estèphe.  Pendant cette dernière période les nuits étaient fraiches et les journées bien ensoleillées, laissant le temps aux cabernet-sauvignons de mûrir tranquillement et d’atteindre la teneur en anthocyanes élevée.

Les vendanges de blanc sec débutent à la mi-août pour s’achever début septembre. Les moûts blancs avaient les teneurs en sucre un peu plus faible, des acidités plus élevés, et des pH plus bas. La précocité de 2011 tenait à la chaleur du printemps. La période de maturation plutôt fraiche des blancs détermina la belle acidité et l’éclat aromatique des sauvignon et sémillon sur leurs terroirs de calcaires et d’argiles.

Les vendanges de merlots débutent le 5 septembre, celles de cabernets le 12 pour s’achever fin septembre et début d’octobre. Le temps chaud et sec à partir du 10 septembre évite un développement de la pourriture grise, mais il fallait être très vigilant. Les baies sont en général plus petites et riches en anthocyanes.  Les teneurs en sucre des merlots sont plus modérées qu’en 2009 et 2010, en revanche celles de cabernets sont comparables à 2010.

Les vendanges dans le sauternais débutèrent fin août pour un « tri de nettoyage ». Une véritable pourriture noble (botrytis) s’installe après les pluies du début septembre et grâce aux brouillards matinaux pendant la première décade de septembre.

A partir du 8 septembre les températures dépassent même 30°C provocant une concentration  en sucres extrêmement rapide.

Dans ces conditions sous un climat chaud et sec peu de tris suffisaient à rentrer l’intégralité de la récolte avec une pourriture noble d’une qualité rare.

Conclusion générale :

Les blancs secs sont aromatiques, denses, longs avec une bonne acidité

Les rouges plus difficiles, plus hétérogènes, avec les merlots sur les calcaires, et les argiles sont colorés, profonds avec une belle fraîcheur.

Les cabernets francs de la Rive droite sont magnifiques.

Les rouges de la rive gauche sont structurés grâce aux quelques remarquables cabernets sauvignons, mais hélas avec les volumes très faibles.

Pour finir les Sauternes et Barsac sont exceptionnels.

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