vin Wino wine – le blog vin de Marie Joanna Roginska


Bordeaux primeurs 2011 – Episode 2 Premiers Grands Crus Classés de Saint Emilion : Ausone et Cheval Blanc

le printemps, la vigne s’éveille…


…les merlots sur calcaires et argiles sont colorés, profonds avec une belle fraîcheur et magnifiques cabernets franc pour compléter les assemblages…

Chaque année la dégustation en primeurs des Premiers Grands Crus Classés de Saint Emilion me donne quelques frissons. Certes,  je suis en présence de grands vins, même de très grands, pour être précise et je me pose toujours la même question : est ce qu’ils vont être à la hauteur ?

A la hauteur de quoi ? De son millésime, de son cru, de son terroir, de son vinificateur ? Voilà ma vraie question !

Deux Vins, Deux Styles, Deux Hommes…

petite brume matinale sur la vigne d’Ausone…

Château Ausone (StEm1erGCC « A »)

7ha

Vendanges fin septembre au 15 octobre

55% Cabernet Franc

45% Merlot

fermentation et cuvaisons 4 semaine en cuves bois

élevage 20 mois 100% bois neuf

production 18 000 blles

Aujourd’hui Ausone utilise Tri-baies, selon Alain Vauthier, c’est un outil extrêmement habile et précis dans des millésimes dit «difficile »

J’avoue que depuis des nombreuses années je déguste Ausone en primeurs et je n’ai jamais vraiment rencontré aucune déception avec ce cru. Même dans des millésimes difficiles il s’en sort toujours bien, à la hauteur de son devoir…

2011 paraît profond, riche, droit, avec un équilibre acidité/fruits/tanins parfait et une fraicheur nette en finale, c’est le classicisme qui règne… Comme dit très justement Pauline Vauthier, qui s’investit de plus en plus à coté de son père pour Ausone, les cabernets franc étaient vraiment exceptionnels en 2011… !

19,5/20

Alain Vauthier avec Pauline dans le chai d’Ausone

Chapelle d’Ausone

60% Merlot

30% Cabernet Franc

10% Cabernet Sauvignon

production 8000 blles

30% de la production totale avec 60% pour le premier vin (Ausone)

Son aspect suit parfaitement le premier vin avec une approche plus facile mais parfaitement structurée, à ne pas confondre avec la notion simpliste.

Nouveau chai ultra moderne de Cheval Blanc

Château Cheval Blanc (StEm1erGCC « A »)

Vendanges du 6 au 28 septembre

52% Cabernet Franc

48% Merlot

Le cycle de la vigne fût très précoce avec débourrement fin mars, la floraison mi-mai sur les deux cépages, La mi-véraison fin juillet pour le cabernet franc fût également la plus précoce enregistrait à Cheval. Les conditions climatiques exceptionnelles de septembre permettent d’attendre la maturité parfaite dans chaque de 44 parcelles. Surtout celles de cabernets franc plus tardifs. Sur les sols graveleux et argileux les baies sont plus riches en composés phénoliques que la moyenne sur les six dernières  années. Ce qui s’explique par le poids des baies plus faible. En revanche sur les sols sableux les valeurs sont quasi identiques. Ce qui est aussi exceptionnel et inhabituel que les cabernets franc sont plus sucrés, plus riches en composés phénoliques que les baies de merlots.

Le tout nouveau chai de Cheval inauguré en juin 2011 tombe à pic pour son baptême avec  un millésime difficile et imprévisible. Grâce à ce nouveau outil ultra performant, chaque de 44 parcelles a pu profiter d’une vinification très précise et individuelle.

A la dégustation le résultat est concluant :

Toucher de bouche soyeux, belle densité, précision dans son équilibre, note florale et fruité, tanins nobles avec une finale longue sur le signe d’une grande fraicheur.

19/20

Pierre Lurton dans le nouveau chai de Cheval Blanc

Petit Cheval

75%  Merlot

25% Cabernet Franc

20% de la production totale avec 65% pour le premier vin (15% écarté pour le vrac)

Frais, net et précis avec le jolis fruits et texture généreuse.

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Qu’est-ce qu’un vin / terroir mythique ? (5) Témoignage de Pauline Vauthier…
Pauline, la fille d’Alain Vauthier travaille à coté de son père à Ausone (St. Emilion 1er GCC « A ») et dans d’autres propriétés de la famille (Ch Moulin Saint-Georges STGC, Ch Haut Simard STGC, Ch Simard STGC, Ch de Fonbel STGC). Ici on voit sa version, son témoignage sur le sujet vin et terroir mythique. Malgré la différence des générations il rejoint celui de son père…

Pauline Vauthier dans le chai d'Ausone

« Pour moi c’est le terroir, qui fait le grand vin. Avec tous les châteaux dans notre famille,  j’ai cette chance de travailler sur tous les types de terroirs, des sables aux argilo-calcaires d’Ausone. Donc, il n’y a pas de secret, ce qui fait un Grand Vin, c’est le terroir ! On vinifie tous nos vins de la même manière, tout est tenu de la même façon, et c’est qu’à Ausone que les raisins ont un goût vraiment exceptionnel et différent  de autres. Ils mûrissent beaucoup mieux, ils sont plus gourmands et tout ça vient de son terroir. Un « vin mythique » provient forcément d’un grand terroir. Je ne peux pas faire du Ausone dans des sables, sinon ça se saurait… (rire). Pour moi c’est la base. Après il faut se servir de ce terroir viticolement parlant pour essayer d’en extraire le meilleur. Ensuite au niveau de la vinification ça se fait tout seul, on ne fait rien d’exceptionnel, tout est très basique, très naturel. Le facteur humain est très important bien sûr, on remarque que depuis 10 ans au niveau viticole beaucoup de choses ont changées. Maintenant à Ausone on prend la vigne comme un petit jardin, donc on intervient plusieurs fois par an, on chouchoute chaque pied de vigne. Chaque pied de vigne est unique, donc on prends soins de bien l’effeuiller, le vendanger en vert, repasser encore une fois s’il faut avant les vendanges… Oui le facteur humain compte, il aide à améliorer, à faire toujours mieux, toujours quelque chose de meilleur. On peut encore et toujours augmenter nos compétences, car plus les années passent, plus les techniques s’améliorent, on trouve de nouvelles choses à faire. Dans l’absolu, la vigne pourrait faire toute seule, mais en intervenant on fait toujours le meilleur ».

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Qu’est-ce qu’un vin / terroir mythique ? Existent-ils ? (4) Témoignage d’Alain Vauthier…
Alain Vauthier, propriétaire de Château Ausone Saint Emilion 1er GCC « A » témoigne en toute liberté sur le sujet très complexe des vins et terroirs dit « mythiques »… 

Alain Vauthier à Ausone

« Pour moi un terroir mythique c’est un terroir qui est chargé d’histoire et ce sont souvent les lieux qui par leur micro climat, par leur vue, par leur emplacement étaient les plus agréables et qui ont été occupés en premier. Il y a eu une occupation préhistorique, une occupation du temps des Romains et c’est ça pour moi le terroir mythique. La production d’un vin mythique, c’est l’homme qui a adapté les cépages, qui a adapté les techniques pour tirer le meilleur parti de ce micro climat et de ce sol favorable. Il peut y arriver des « éclipses » s’il y a un travail moins soigné, mais ça ne dure pas très longtemps, car les terroirs mythiques sont toujours repris en main, ce sont des cycles et statistiquement ils dominent et ils continueront à dominer.

 Le facteur humain, c’est d’arriver à trouver les techniques, les pratiques viticoles, car c’est surtout de la viticulture, qui convient le mieux à ce lieu et à ce sol.

 L’homme est très important dans sa caractéristique historique. Dans les terroirs mythiques, on a l’avantage de bénéficier de plusieurs siècles d’expériences. Et les Bourguignons, c’est extraordinaire, ils ont sélectionné le cépage Pinot Noir qui fonctionne remarquablement bien dans la Côte de Nuits. A l’intérieur du Pinot Noir ils ont sélectionné des pieds qui étaient plus favorables pour faire des vins de garde et pour pouvoir avoir des grands vins, et ça c’est long, c’est lent, et il faut du temps… L’homme travaille pour toujours améliorer la qualité. La technique permet d’aller vite mais ça ne remplace pas l’histoire et le temps qu’il a fallu pour adapter les techniques à un écosystème particulier.

–      Et Ausone dans tout ça ?

Ausone, ce n’est pas moi, ce n’est pas Pauline, Ausone on le trouve depuis toujours, et au 16e siècle le terrain valait très cher, car ça fonctionnait bien. Et il y a un critère, on se rend compte  qu’à chaque fois, quand il y a des crises économiques, les terroirs mythiques souffrent beaucoup moins que les autres terroirs. Et après, c’est comme un bon cheval, les grands terroirs résistent à tout. Pauline, elle a acheté un cheval de concours hippiques, et il y va… avant, elle avait « une saucisse »,  qui était dure, maintenant elle a un bon cheval et au final, la limite ce n’est pas le cheval, c’est elle… !

Les Grands Terroirs, c’est pareil, et je peux parler librement, car dans la famille on a différents vignobles et il y a des terroirs où on travaille, on travaille, on travaille, mais le potentiel… on plafonne… Alors qu’à Ausone on travaille et ça répond aussitôt. Un peu comme une Ferrari, on appuie, ça démarre… et voilà…

 Un grand terroir c’est statistique, ça se voit dans les mauvais millésimes, ça se voit dans les années difficiles, les grands terroirs marchent mieux. Quand on a goûté à un grand terroir, on n’a plus envie de travailler dans des terroirs secondaires. Ce qui m’attriste actuellement, c’est que dans le prochain classement de Saint-Emilion ils ont gommé la notion de « terroir », elle n’intervient plus et l’histoire non plus. C’est juste une dégustation à l’aveugle et quand on connait les aléas de cette dégustation, c’est pour moi une catastrophe, on remet en cause trois siècles d’histoire. On prend une technique style concours général agricole ou médaille de la Wine Fair quelconque, je trouve ça délirant… on bafoue l’histoire, on bafoue les terroirs… L’histoire surtout, et ça, ça me gêne. Parce que, regardez, les crus classés de Saint-Emilion qui ont été classés en 1955, ça correspondait à une hiérarchie qui n’était pas si mal faite que ça. Et chaque fois qu’un cru a une éclipse, parce que les propriétaires font pas ci, ne font pas cela, … Derrière il y a une reprise et on voit le rang qui est repris aussitôt. Alors, que dans les terroirs secondaires, c’est quasiment impossible, même si on travaille, même si on travaille, c’est trop dur… »

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